La télé-alarme

Comment contribuer
au maintien à domicile des personnes âgées,
leur permettre de sortir de leur solitude morale,
leur apporter une sécurité physique ?

 

 

La situation

Un sondage révèle que 95 % des plus de 65 ans veulent continuer à vivre chez eux. Comment contribuer au maintien à domicile des personnes âgées (ou handicapées), leur permettre de sortir de leur solitude morale, leur apporter une sécurité physique ?


La réponse

La création des centres d'assistance téléphonique, fonctionnant 24 h sur 24.

 

 




Madame Genet, 95 ans.

Première abonnée du premier centre français
de télé-alarme à Poitiers :
" Vous m'avez changé la vie ! " (1976).

L'action

Elle fonctionne avec simplicité grâce à une astuce technique et un réseau convergent de bonnes volontés.

Chez la personne âgée, on place un appareil téléphonique classique et un signal d'alarme électronique. La communication déclenchée par simple pression du doigt sur le signal fait passer l'appel téléphonique en priorité vers un centre d'écoute. Suivant les régions, le centre d'alerte est basé dans une maison de retraite, un hôpital, un central de sapeurs pompiers, le SAMU, la gendarmerie, etc.

La personne porte le signal d'alarme (qui sera de plus en plus miniaturisé et bientôt dépourvu de fil) sur elle ou en pendentif, comme une montre-bracelet ou une broche, avec un rayon d'action couvrant tout son appartement ou sa maison.



Le centre d'alerte, initialement appelé Delta-Revie,
sera bientôt nommé centre de télé-alarme.

 

Madame Simone Veil,
Ministre d'Etat, Ministre de la Santé,
et Gilbert visitent le 10 janvier 1976
le 1er Centre français de téléalarme.

 

 

Lancée en 1975, cette innovation est expérimentée dans 70 localités (6 000 personnes déjà raccordées) en octobre 1977, lorsque le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing annonce à Lyon que l'Etat va prendre le relais de Delta 7 et généraliser la télé-alarme. Dans la pratique, ce sont des collectivités locales (municipalités et conseils généraux), des associations spécialisées dans l'aide " au 3ème âge " et des prestataires de services qui prendront la relève.

Delta 7 Allemagne fédérale lance des premiers centres Deltaphon dans la région de Düsseldorf.

 

Pour le plaisir de vous l'écrire









- Liaison radio. Sur la suggestion de René Lenoir, alors Secrétaire d'Etat à l'Action sociale, Gilbert rencontre Georges Caussanel qui dirige une maison de retraite à Rueil-Malmaison. Un pré-projet utilisant une liaison radio est expérimenté avec succès. Le principe anticipe déjà la télé-alarme, avec des moyens techniques plus lourds et compliqués.

- Liaison téléphonique. En lui précisant qu'il s'agit encore du germe d'une expérimentation, Gilbert demande à Madame Simone Veil d'accepter de prendre le risque d'une visite qu'elle accepte immédiatement. Les appels aboutissent au centre de secours des sapeurs pompiers de Poitiers, dirigé par un gradé humaniste féru de technologie. Le Préfet de la région Poitou-Charentes est Lucien Vochel, qui a ouvert les portes locales à Gilbert (ils se sont connus au début des années 60 au Village d'Enfants SOS de Busigny).


- Pénurie de lignes téléphoniques. Quand Gilbert plaide auprès du ministère des PTT pour obtenir des facilités de raccordement du plus grand nombre de personnes âgées ou handicapées, au milieu des années 70, la France souffre d'une grave pénurie de lignes téléphoniques. Aussi, est-il d'abord reçu fraîchement : " On n'a pas assez de lignes pour nos entreprises ! ". Deux hommes comprennent vite l'enjeu social du projet : Norbert Segard, Ministre des postes et télécommunications, et Gérard Théry, directeur des télécommunications, qui sera l'artisan d'un extraordinaire plan de développement voulu par le Président de la République et le Gouvernement.

- Un protocole d'accord officiel, assorti d'une double subvention significative à Delta 7, dans le but de faciliter la multiplication des centres d'alerte expérimentaux, est signé par deux Ministres - Mme Simone Veil et M. Norbert Segard - et Gilbert en 1977.

- LE FIGARO, octobre 1975. Pouvoir, d'un simple geste, obtenir de l'aide, c'est pour une personne âgée, isolée, la sécurité.

- Le général Jean Bloch anime le réseau des expérimentations locales, durant leur phase de développement.

- Le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing, au cours de son allocution lyonnaise, annonce la création d'un réseau national de télé-alarme, la priorité de l'attribution de lignes téléphoniques aux personnes âgées, l'exonération de la taxe de raccordement pour toute personne inscrite au fonds national de solidarité. On prévoit alors qu'en décembre 1983, 800 000 téléphones couplés de système de télé-alarme seront installés.

  Lyon, fin 1977.
Le Président de la République Valéry Giscard d'Estaing
annonce le déploiement national de la télé-alarme.

 

- M. Daniel Hoeffel, Secrétaire d'Etat à la Santé, inaugure le 26 mai 1979 le centre de télé-alarme de Metz (basé à l'hôpital Bon Secours); il téléphone lui-même à Mme Julia Ruffet, 83 ans, pour lui demander si elle est satisfaite : " Vous pensez ! Je lui ai dit tout le bien que j'en pensais. Mon mari est mort le 19 janvier dernier. C'était un vieux monsieur de 94 ans qui, depuis des années, était très souffrant. Nous n'avons jamais voulu nous séparer, il n'était pas question de l'hospitaliser, je le soignais. Je n'étais pas tranquille, il suffisait d'une crise, d'un accident …".
Mme Ruffet est l'une des premières abonnées : " A deux reprises, j'ai usé de ma télé-alarme. Mon mari était tombé au milieu d'une crise. Deux jeunes médecins sont arrivés dans les cinq minutes qui suivaient mon appel. Ils ont soigné mon mari, ils nous ont réconfortés, ils avaient une amitié tellement communicative ". Et elle ajoute : " La sécurité que devraient avoir toutes les personnes âgées ".

- Le docteur Jacques Ricatte a aidé à l'enracinement du Village d'Enfants SOS de Marange-Silvange. Il a ensuite soutenu les différentes innovations de la Fondation Delta 7 lancées en Moselle ; il a présidé le centre de télé-alarme de Metz.

Plusieurs informations de cette page ont été reprises du quotidien régional Le Républicain Lorrain (édition du 20 octobre 1979).



Aujourd’hui en France
En raison de l’éclatement et de la diversité des intervenants, l’évaluation du nombre de personnes abonnées est difficile à cerner. On estime plausible d’annoncer que la télé-alarme sécurise environ 250 000 personnes âgées ou handicapées (Remarque : si leur nombre avait été plus important lors de la canicule de l’été 2003, celui des victimes aurait probablement été réduit).

Information d’actualité 2008.

Le magazine Sélection du Reader’s Digest a publié dans son numéro de janvier 2008 un article de Guillaume Tixier sur la téléassistance (autre dénomination de la téléalarme, davantage utilisée par les prestataires de services marchands). L’article confirme : « On dénombre aujourd’hui environ 250 000 utilisateurs de téléassistance en France ». Intitulé : « La téléassistance permet aux personnes âgées de continuer à vivre chez elles. Un service qui rassure. Ces médaillons qui peuvent vous sauver », cet excellent article en décrit bien le fonctionnement. Proche de celui mis au point par Delta 7 (qui n’est malheureusement pas cité comme source originelle), le système est rendu plus efficient, temporellement plus réactif surtout, grâce aux nouvelles technologies.

Voici de larges extraits de l’article tout à fait explicite de Guillaume Tixier, qui montre l’actualité toujours aussi brûlante de l’innovation imaginée par Delta 7 il y a trente-trois ans, en 1975.
« Il est 11 heures. Ce dimanche 8 juillet 2007, appuyée sur sa canne, Maria Vanpeperstraete se déplace lentement de son salon vers sa cuisine, où elle vient juste de passer le « balai espagnol » à longues franges qu’elle utilise pour lessiver les sols.  A soixante-dix-neuf ans, mère de huit enfants et vingt-deux fois grand-mère, Maria vit seule dans sa maison de Villandraut, en Gironde. A peine a-t-elle franchi le seuil de la cuisine qu’elle glisse sur le sol mouillé et tombe lourdement. Etourdie, elle ressent instantanément une douleur cuisante au visage et à la hanche : tout le côté droit de son corps lui fait mal. Et elle comprend que, avec ses prothèses de hanche et de genoux, il lui sera impossible de se relever toute seule. Elle cherche immédiatement de la main le médaillon suspendu à son cou, le saisit et appuie sur le bouton qu’elle sent sous ses doigts.
Une voix retentit aussitôt dans son salon, à quelques mètres de là :
- Bonjour, madame Vanpeperstraete, que se passe-t-il ?
Maria s’écrie :
- Je suis tombée !
La voix lui pose des questions pour mesurer la gravité de la situation et la rassure d’un ton chaleureux :
- Ne vous inquiétez pas. Je préviens votre gendre.
Sortie d’un boîtier placé à côté de la télévision dans le salon, cette voix est celle d’un opérateur de téléassistance. Il se trouve en fait à 640 kilomètres de là, dans un sous-sol protégé par un sas blindé, à Bry-sur-Marne, en région parisienne. Dans cette centrale d’écoute, Présence Verte, qui vient de célébrer ses vingt ans d’activité, est en liaison avec ses 70 000 abonnés en France métropolitaine. Elle gère deux sites de ce type en France, qui reçoivent en moyenne 1 800 appels quotidiens, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Si la grande majorité de ceux-ci sont qualifiés d’appels de confort – le simple besoin d’être rassuré, d’entendre une voix amie ou de vérifier le bon fonctionnement du matériel –, 10 % nécessitent la venue d’une personne extérieure, comme dans le cas de Maria. L’année dernière, Présence Verte a déclenché des interventions pour 25 000 « relevages à domicile », selon l’expression des services de secours, et 3 000 problèmes de santé nécessitant l’envoi d’un médecin, du SAMU ou des pompiers …
Le principe de la téléassistance est simple : fournir à l’abonné un système d’alerte (pendentif, clip ou bracelet pourvu d’un bouton d’appel) qui lui permet d’entrer à tout moment en communication avec un opérateur capable d’envoyer des secours. L’opérateur dispose pour cela des numéros des proches, famille ou voisins, mais il peut aussi alerter les services d’urgence à proximité, ou même le médecin traitant …
Claude Delpy, le gendre de Maria Vanpeperstraete, ne se déplace jamais sans son téléphone portable. C’est une des raisons qui l’ont conduit à figurer sur la liste des proches que Présence Verte doit contacter en cas d’urgence. Lorsqu’il reçoit l’appel de l’opérateur, il comprend tout de suite à quel sujet on l’appelle. Il décroche : quand il apprend que Maria est tombée, il sait ce qu’il a à faire. Il ne met que huit minutes pour arriver chez sa belle-mère. Il a toujours les clefs de la maison sur lui, au cas où, mais la porte n’est as verrouillée. Sitôt entré, il aperçoit Maria sur sa gauche, toujours au sol, le dos appuyé contre le radiateur. Elle est consciente et rassure son sauveur :
- Je pense que je n’ai rien de cassé, souffle-t-elle.
C’est Maria elle-même qui avait décidé de se munir du médaillon d’alerte après avoir subi plusieurs chutes par le passé. (…). Grâce à la prise en charge par le conseil général, elle ne paie qu’un euro par mois !
Présence Verte est un réseau d’associations locales qui couvre pratiquement l’ensemble du territoire (80 départements). Issue de la Mutualité sociale agricole, et aujourd’hui indépendante, Présence Verte est surtout présente dans le monde rural et se définit comme un « commerce social ». Mais le secteur de la téléassistance compte de nombreux autres opérateurs, comme GTS, filiale du groupe Mondial Assistance, Vitaris Response ou encore FilAssistance, soutenu pas CNP Assurances …
Le prix du service, qui varie selon les sociétés, évolue en moyenne autour de 30 euros par mois. Toutefois, les matériels et services proposés ne sont as tous les mêmes. (…).
« Près de 2 millions de personnes pourraient recourir à ce service, qui permet avant tout de maintenir un lien rassurant », souligne le Dr Christophe Boutineau, ancien médecin urgentiste, qui dirige maintenant FilAssistance. « La téléassistance est parfois perçue comme la deuxième, voire la seule famille de l’abonné ! » Grégory, chargé d’assistance sur la plate-forme d’appel de FilAssistance à Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, en témoigne : « Mon métier est de sauver des vies, assure-t-il. A chaque appel, je pense à mes grands-parents : je voudrais qu’ils soient respectés et bien pris en charge ». (…).
Aujourd’hui remise de ses émotions, Maria Vanpeperstraete me montre son médaillon : « Je le porte tout le temps (…). C’est un peu comme si j’avais quelqu’un avec moi ».

 

 

En pratique
Extraits de Sélection du Reader’s Digest

La téléassistance est devenue aujourd’hui l’un des 21 métiers de service à la personne
(comme le soutien scolaire, l’aide ménagère, la livraison de courses ou de repas à domicile …)
et bénéficie d’un crédit d’impôt de 50 %.
Malheureusement ce crédit d’impôt n’est pas ouvert aux retraités,
qui sont pourtant les principaux usagers des services de téléassistance !

Certaines municipalités, caisses de retraite, mutuelles ou certains conseils généraux
peuvent prendre en charge une partie de son financement.
Attention, tous les opérateurs ne se valent pas.
Renseignez-vous sur ceux qui sont fiables, comparez bien les prix et les services,
et ne vous engagez pas sur des contrats de plus d’un an.

                              



   

Retour haut de page Retour à la page d'accueil