Interview

Propos recueillis par Erick Leskiw
journaliste


" Comme si tout grand progrès de l'humanité
n'était pas dû à de l'utopie réalisée..."

André Gide

 

Qui êtes-vous, Gilbert Cotteau ?
Un constructeur de passerelles vivantes. J'ai durant toute ma vie tenté d'ouvrir des voies nouvelles. Scandalisé par des situations inacceptables, j'ai réagi en lançant des projets novateurs pour alléger les souffrances de ceux qui les endurent, notamment des enfants. Chaque fois à partir d'une idée originale - généralement simple.

Quel était votre fil conducteur ?
Pour chaque projet, j'ai essayé de convaincre. On ne réussit rien seul. Il faut des alliés qui apportent un talent, une compétence, une addition de moyens financiers, techniques et logistiques. En somme, j'ai suscité chaque fois un mouvement de sympathie, un rassemblement d'énergies, une fierté d'accomplir une action concrète ou une pratique déterminante au service des plus vulnérables. Cela veut dire que j'ai constamment essayé de provoquer ou d'encourager des relations de qualité (d'écoute, de respect, de partage) entre des personnes qui souvent ne se connaissaient pas auparavant.

 

Quelles réalisations avez-vous initiées ?

 

SOS Villages d'Enfants en 1954
But : une famille pour des frères et sœurs orphelins ou privés de parents

J'avais d'abord fondé Le Cercle espérantiste de Busigny en 1951 dans le but d'ouvrir les yeux de jeunes ruraux sur le monde
qui a joué le rôle important de porteur initial du projet de construction du premier Village d'Enfants SOS dans la commune de Busigny


Cofondation de la Fédération européenne en 1960, devenue SOS Kinderdorf International en 1963 - But : aider à concrétiser l'idée SOS Villages d'Enfants sur toute la planète

La (Fondation) Delta 7 (laboratoire d'innovations sociales) en 1973
But : imaginer, tester et généraliser de nouvelles voies de solidarité

 

enfants sourds du Vietnam (traumatisés par des bombardements)
la télé-alarme (sécurisation des personnes âgées ou handicapées)
les foyers sourire (accueil d'enfants temporairement privés de parents)
un service d'interprètes gratuit (accueil d'immigrés dans des services publics)
le logis Delta Sud (accoutumance à la vie en fauteuil roulant)
téléphone mains libres (pour personnes handicapées dans leurs mouvements)
handicap cinéma (accessibilité aux personnes handicapées des cinémas parisiens)
hameau d'apprentissage (apprentissage en alternance avec un maître artisan)
handicap autoroute (accessibilité des lieux publics autoroutiers)
catamaran (réadaptation par la voile de jeunes sportifs accidentés)
et des micro-actions, selon les opportunités

Les expérimentations réussies de la (Fondation) Delta 7 sont reproduites,
développées, parfois généralisées, pérennisées par d'autres organismes.

 


Tradition Vive en 1980
But : conjuguer techniques traditionnelles et modernes (habitat, maraîchage, silo de récoltes)
Avec le concours de trois filiales étrangères :

 

At-Taqalîd Al-Hayah, Maroc ;
Tradition Vive Canada ;
More than a helping hand, USA

Expérimentations au Salvador (partenariat avec Médecins du Monde), au Mali, au Maroc

Innovations abouties, malheureusement insuffisamment développées, qu'un architecte, un urbaniste ou un bâtisseur (soucieux du devenir de la planète et du mieux-être de ses habitants) pourrait reprendre en les enrichissant de découvertes ou techniques récentes.


Astrée en 1987
But : former des bénévoles à l'écoute de personnes fragilisées
et constituer des binômes accompagnant / accompagné


La Page Blanche en 1996
But : offrir à des malades une parenthèse accompagnée
Projet avancé - malheureusement inabouti, que quelqu'un pourrait reprendre.


 

J'ai aussi, au fil du temps, apporté un savoir faire ou des interventions ponctuelles
à quelques associations


  ADAP (Développement des associations de progrès) dans les années 80
Revue Connaissance des Religions dans la seconde moitié des années 80
Iris Initiative dans les années 90
Islam et Occident, dans les années 80
tolède (tolérance éducation) en 2002 - 2005s
Parrains par' mille depuis 1990
Une Ecole à Bodh Gaya en 2007

Pourquoi cette vocation personnelle ?
Elle résulte d'une conjonction d'éléments : la chance de rencontres décisives avec Hermann Gmeiner (inventeur des Villages d'Enfants SOS) et le médecin Prix Nobel de la Paix Albert Schweitzer ; un terreau de tendresse et de solidarité familiales ; une quête intérieure nourrie de cheminements avec des personnes exceptionnelles comme Amadou Hampâté Bâ.

Quels sont vos engagements actuels ?
A bientôt 76 ans, je fais l'apprentissage de la fragilité physique. Après 55 ans de participation active à des réalisations, j'ai cessé début 2007 d'assumer toute responsabilité associative. Il faut savoir tourner les pages de notre vie.

Néanmoins, tant que cela sera possible, je souhaite contribuer à ouvrir un chemin dans les consciences. Pas tant en dénonçant les situations indignes de notre humanité qu'en incitant les jeunes (et les autres) à " faire bouger les lignes ". En témoignant, par l'écriture et par la parole, de l'impact (imprévisible d'avance mais toujours probable) de toute initiative prise dans l'intention d'engendrer du mieux-être.

Pourquoi ce site ?
Pour titiller la créativité de nos contemporains qui peut influer sur l'avenir immédiat : " l'imagination, c'est le réel déjà - avant les résultats " affirmait Rainer Maria Rilke.

Retour haut de page Retour à la page d'accueil